chambre23
Le premier souvenir qui remonta à la surface de mon pauvre cerveau malade fut celui de ma propre mort. Pour commencer, le trouble, la nuit, seulement une impression dans l’obscurité sans image et sans bruit : je sentais que je me détachais, comme dans un envol lourd et maladroit, d’un corps, mon propre corps. Je me sentais jaillir confusément par tous les pores de moi-même. J’étais, pour un instant encore, à la fois cette anatomie douce et raide allongée sur le sol et cette ombre fragile et pesante qui tentait de s’en extirper complètement. Mais bientôt, dans un dernier et profond soupir, je fus tout entier hors de moi. Il me fallut alors un ultime effort pour rassembler tout mon être nébuleux et disparate qui semblait déborder, éclater et expirer tout autour. Ce n’est qu’à cet instant qu’une image encore vague apparut sur les faces internes de mes paupières closes; et je vis, étendue sous moi, la chair froide et pâle que je venais de quitter. J’avais pleinement conscience de contempler là mon propre cadavre. Je m’étais senti mourir et voilà que je survolais la scène comme un petit fantôme débile et hébété. Les contours flous se dessinaient de plus en plus précisément, tandis que des bruits extérieurs profanèrent le silence opaque et cotonneux qui m’enveloppait. Des coups portés contre une porte. Je m’aperçus alors que mon cadavre gisant sur le parquet était celui d’une femme! Une femme? Une femme… nue, brune, opalescente.