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Je pars à la recherche d'une vie antérieure...

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le début de l'histoire...

Dimanche 5 mars 2006

           Lou devant la glace.

          Je me rappelais que, souvent, j’avais du mal à me reconnaître. Je tournais et me retournais devant le miroir, scrutais en plissant les yeux chacune de mes courbes, mais… Je n’arrivais pas à croire que c’était bien moi, cette fille, là, sous mes yeux, qui s’étirait et se cambrait, redressait sa colonne vertébrale avant de retomber dans une pose lascive. Puis elle frottait son pied droit contre son mollet gauche, crispait ses mains sur ses hanches, tournoyait, un et deux et trois tours, perdait l’équilibre en louchant… Elle était curieuse, cette fille, espiègle, comme insouciante. Ça ne pouvait vraiment pas être moi. Certes, son corps était identique au mien, en tout point, mais inversé bien sûr. Le grain de beauté piqué sur ma cheville gauche était posé sur sa cheville droite. C’était comme si, sur la surface étincelante, je croisais ma jumelle inversible. Je voyais, dans ses yeux et dans ses attitudes, qu’elle n’était pas moi.

           Je n’étais pas comme ça.

           Mon regard à moi était ténébreux, j’en étais sûre, ses yeux à elles étaient rieurs, moqueurs parfois. Je n’avais pas ce sourire sur les lèvres, le mien était plus discret, moins puéril, je le devinais. Ce reflet était tronqué, je ne savais comment. Peut être à cause du contre jour, de l’ombre immense et écrasante du Meuble derrière moi… J’avais, il m’arrivait d’avoir des discussions, ou plutôt des simulacres de discussion, avec ma jumelle maléfique. Je la surnommais ainsi parce qu’il y avait quelque chose de malsain, de diabolique, dans nos rapports, c’était moi mais ce n’était pas moi…

            Bref, je lui parlais, je m’adressais à elle et elle, elle ne me répondait pas, oh non, je serais parti en hurlant de peur sinon, très loin de cette satanée maison. Et c’est peut être bien ce que j’aurais du faire en définitive. Mais elle ne m’a jamais répondu, enfin je ne l’ai jamais entendue me répondre, seulement, parfois, ses lèvres remuaient, alors que moi, devant la glace, je n’avais pas bougé, comme si elle balbutiait des mots inaudibles. Comme si elle essayait de me dire quelques chose. Elle avait dans ces moments là, un front soucieux, ses yeux s’emplissaient de crainte, j’avais l’impression qu’elle tentait de me mettre en garde. C’était troublant. D’autres fois, quand je n’allais pas bien, je me plantais devant le miroir et je scrutais ma jumelle, elle se mettait aussitôt à faire des grimaces, des espiègleries, pour que je ne pleure pas.

           Je ne l’ai jamais regardé faire l’amour avec mes clients. Je ne voulais pas voir ça. J’avais trop d’égard pour elle, et puis j’étais persuadée qu’elle n’aurait pas aimé que je jette un œil. Alors on ne se regardait pas dans ces moments là. C’était mieux. Et j’ai toujours respecté cela. Je crois que j’avais peur aussi de ce que j’aurais pu voir…

Par N.V
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Dimanche 5 mars 2006
Par N.V
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Dimanche 5 mars 2006

 

          Vois Lou, regarde-toi sur la surface lisse et réfléchissante de la glace… 

          Bien sûr je ne me souvenais de moi, de mon enveloppe charnelle, qu’à travers le miroir (à l’exception de cet ultime survole après ma mort). Le grand miroir posé dans la n°23. Une partie de l’immense Meuble de la grosse Yvonne s’y reflétait. Car oui, en dépit des événements, le Meuble n’avait pas bougé. On avait déjà eu tellement de mal à le faire entrer, que personne n’avait cherché à le sortir de là après la disparition d’Yvonne. J’avais hérité de la chambre maudite, des rideaux de remplacement, du Meuble sinistre, d’une petite table de toilette, d’un lit au matelas fatigué et sa table de chevet dépareillée et du grand miroir qui, autant que tout le monde s’en souvienne, avait toujours été là.

          Ah! il avait du en réfléchir des scènes obscènes, étranges, ou insoutenables. Il avait reflété toute sorte de physionomies, des intimités masculines dans toutes les proportions aux nus putesques nimbés de soleil.

Par N.V
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Lundi 6 mars 2006

Lui

Par N.V
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Lundi 6 mars 2006

          Il me fixait, cette expression étrange sur le visage. Ses grands yeux cernés dans lesquels je ne semblais pas me refléter. Le nez plutôt proéminent. La bouche serrée et ardente. Le menton capricieux. Le crâne nu.

           J’étais troublée, touchée, émue à sa seule apparition fantomatique sur le pas de ma porte. Sans dire un mot, l’enfant chauve entra dans la chambre en me frôlant à peine. Mon cœur fit un violent soubresaut, une dangereuse embardé. Je refermais délicatement la porte sur nous et me retournais tout aussi délicatement vers lui. Il était déjà assis sur le lit, il avait posé quelques billets, le prix exact d’une passe classique avec moi, sur la table de chevet. Je restais interdite, endolorie. Je mourrais d’envie de m’approcher de lui à pas tâtonnant pour le border et le veiller comme un petit malade. Pourtant il y avait quelque chose de dur, d’impitoyable dans ses yeux, et je restais paralysée contre ma porte. Je lus, ou crus lire, de l’impatience dans le tressaillement de son sourcil gauche, ce qui me décida à le rejoindre sur le lit. C’est là qu’il saisit ma main et la porta à son front fébrile. Peu importe la suite.

          Peu importe qui était cet homme, ce qu’il faisait (j’avais cru comprendre, ou mon imagination exaltée s’était-elle plu à croire, qu’il était artiste, peintre, sculpteur, d’ailleurs je me rappelle des tâches de pigments bleu et gris sur sa peau…), peu importe son âge, son prénom, d’où il venait, je le vis ce soir là pour la première et dernière fois. Ce qui comptait, ce que je chérissais du bout de mon esprit détraqué, c’était le trouble tumescent, la convulsion aiguë qu’il m’avait permis d’éprouver et qui avait étranglé un instant le gouffre qui m’écartelait.

Par N.V
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Lundi 6 mars 2006
Par N.V
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Lundi 6 mars 2006
Par N.V
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Mercredi 8 mars 2006
Par N.V
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Mercredi 8 mars 2006

          Je ne savais pas si j’avais été amoureuse un jour.

          Je ne savais pas si j’avais été capable d’éprouver un sentiment, s’apparentant de loin ou de près à de l’amour, pour qui que ce soit… J’étais extrêmement peiné, contrarié, de ne pas réussir à me souvenir de ça! Après avoir fait le tour du décor et des personnages, je m’étais très vite demandé si j’avais aimé, ne serait-ce qu’une seule fois. Une heure, une seconde même. Le temps d’un battement de cil… et de cœur. Mais j’avais beau j’avais beau retourner, malmener mon esprit en tous sens, dans toutes les directions, essayer de tirer sur tout ce qui pouvait dépasser, pendre; recueillir minutieusement ce qui menaçait de tomber, je ne savais pas! En fait j’avais l’impression que je ne savais pas même ce qu’était l’amour. A force de négocier et de solder un amour factice, mécanique et bestial, un amour du semblant, un amour pour de faux, j’avais perdu le goût du véritable amour. Tant de fois le mot amour entre ces lignes, pour un sentiment dont j’ignorais tout! On parle toujours tellement de ce qu’on ne connaît pas. Mais pour en dire quoi? Pénétrée par tous les orifices, fourrée maintes et maintes fois par tant de sexes indifférents, de mains sans visages, de langues déliées, et me sentir si vide! Terriblement, monstrueusement, insupportablement vide! Je sentais, comme si je l’habitais encore, ce corps creux raisonner contre celui des hommes, contre les murs de ma chambre, contre son reflet dans le miroir…

Par N.V
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